Résumé
David Bodineau, développeur depuis six ans, basé à Angers, a lancé Keldin (keldin.fr), une activité de collecte de données web sur-mesure. Sa partie la plus singulière consiste à héberger les scrapers de ses clients sur une infrastructure physique montée chez lui, comme une alternative aux proxies cloud, souvent facturés cher au gigaoctet.
Le cas va à contre-courant du tout-cloud. Là où la plupart louent de la puissance à distance, David a assemblé un parc de machines dans son local, avec sa propre redondance électrique et réseau, et il le loue à des clients qui économisent sur leurs proxies. Il assume aussi un choix rare : rester premium et exclusif plutôt que de devenir une usine.
Selon lui, l’activité génère aujourd’hui autour de 2 200 € de chiffre d’affaires par mois, plutôt tiré de ventes et de projets que d’un revenu récurrent stable. Un cas très early, dont tous les chiffres sont déclaratifs.
Pour le suivre : keldin.fr, LinkedIn (David Bodineau)

Merci à Thomas Lurmeau pour la mise en relation avec David. (Il aide les fondateurs non-tech à lancer leur SaaS en 30 jours sans recruter de CTO)


Le cas en bref
David Bodineau, développeur depuis six ans, basé à Angers, fondateur de Keldin (keldin.fr)
Chiffres au moment de l’interview :
Produit : collecte de données web sur-mesure, avec une offre d’hébergement de scrapers sur une infra physique personnelle
Chiffre d’affaires : autour de 2 200 € par mois, plutôt tiré de ventes que d’un récurrent stable (déclaratif, non vérifié)
Clients : une dizaine de clients payants, 17 machines dont une dizaine payantes
Prix : de 50 € par mois pour les premiers clients à un hébergement type autour de 150 € par mois
Infra : une petite dizaine de milliers d’euros investis, rentabilisés en environ six mois
Lancement de l’offre d’hébergement : fin avril, début mai 2026
Acquisition : quasi pas de prospection, bouche-à-oreille, avis Malt, clients historiques
Pourquoi ce cas est intéressant
La plupart des founders tech louent leur infrastructure dans le cloud. David a fait l’inverse : il a monté un parc de machines chez lui et il en a fait un produit.
L’idée est concrète. Ceux qui font du scraping passent souvent par des proxies pour ne pas se faire bloquer, et ça coûte cher, autour de 5 dollars par gigaoctet. En hébergeant le scraper du client sur sa propre infra, David propose une alternative à coût fixe où le client s’y retrouve souvent dès la première semaine. Détail clé pour la confiance : il héberge le script, pas la donnée, qui reste chez le client.
L’autre singularité, c’est son refus de l’usine. Il préfère peu de clients qui payent bien, avec un vrai service derrière, et il temporise même sur l’achat de machines pour ne pas surinvestir avant d’être sûr de sa demande.
Soyons clairs sur le stade. Keldin en est au tout début, le chiffre d’affaires tourne autour de 2 200 € par mois, déclaratif, non vérifié et plutôt variable que récurrent, et le modèle repose sur une activité soumise aux protections des sites. L’intérêt n’est pas la traction, il est dans la démarche.

La question que pose le cas : une infra physique artisanale, adossée à un positionnement premium, peut-elle devenir un actif solide, ou restera-t-elle limitée par le temps de déploiement et par sa dépendance à une pratique mouvante ?
Les piliers du modèle
1. L’infra physique maison contre les proxies cloud
Plutôt que de louer de la puissance à distance, David héberge les scrapers de ses clients sur ses propres machines, dans son local. L’argument est économique.
“Un proxy, tu es autour des 5 dollars au giga. Avec un hébergement à 150 euros par mois, tu rentabilises dès la première semaine.”
L’avantage n’est pas que le prix. Il maîtrise la stabilité, garde une relation directe, et la donnée reste chez le client. Ce point a longtemps été son objection commerciale numéro un, réglée depuis qu’il montre une infra propre.
💡 Enseignement actionnable : Regarde où tes clients dépensent le plus, et vois si tu peux transformer ce coût variable en coût fixe. La bonne idée de produit est souvent cachée dans une facture que tout le monde subit sans la questionner.
2. Le premium volontaire, pas l’usine
David ne veut pas d’un modèle de masse. Il préfère peu de clients, qui payent cher, avec un service haut de gamme, jusqu’au numéro d’urgence.
“Je préfère rester premium, un peu exclusif. Augmenter le panier moyen plutôt que d’en faire une usine.”
Cela veut dire aussi temporiser sur l’achat de machines quand une liste d’attente se forme, plutôt que de surinvestir dans du matériel qui pourrait rester inutile.
💡 Enseignement actionnable : Choisis consciemment entre le volume et la valeur. Quand chaque client coûte du temps et du matériel, peu de clients bien servis et bien facturés est souvent plus solide qu’une masse de petits comptes.
3. L’écosystème qui s’auto-alimente
David ne fait presque pas de prospection. Sa croissance vient du bouche-à-oreille, de ses avis Malt et de ses clients historiques. Mais il a aussi bâti une boucle maligne : ses projets immobiliers tournent sur l’infra de Keldin.
“En faisant de la pub pour mon projet immo, je fais indirectement de la pub pour Keldin.”
À cela s’ajoute la montée en gamme sur ses clients : une deuxième machine, plus de data pour une extension.
💡 Enseignement actionnable : Tes propres produits peuvent devenir tes meilleurs commerciaux. Construis par-dessus ton service un projet visible qui tourne dessus, il te sert de vitrine et prouve ta solution en fonctionnant.
4. Le scraping éthique comme fossé
Le savoir-faire de David n’est pas que technique, il est dans la manière : humaniser les process, ne pas marteler un site, respecter des règles. Il dit avoir refusé des projets trop clairement illégaux.
“Le but, ce n’est pas de faire cracher le site. Il faut faire un truc éthique, les lignes sont fines.”
Cette prudence lui évite les blocages, le rend fiable dans la durée, et rassure. Sur un métier gris, la confiance est un vrai fossé.
💡 Enseignement actionnable : Sur une activité aux contours flous, ta discipline est un actif. Poser des limites te coûte des contrats à court terme, mais te bâtit une réputation qui devient ton meilleur argument de vente.

